Tu n'es pas seul (4/7) - Cycy la vache de l'espace

Publié le par chiichan

Tu n'es pas seul by Cycy la vache de l'espace

CHAPITRE 9 : Elle est en elle…

 

Dans un autre monde…

« Tu vas encore tirer longtemps la tronche ?

- Je ne tire pas la tronche… »

Un jeune lycéen se poste au milieu de la rue . Il semble parfaitement calme… Jusqu’à ce qu’il explose de fureur en hurlant bouche grande ouverte de toutes ses cordes vocales :

« JE SUIS JUSTE FOU DE RAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAGE !!!!

- Baisses le volume, ou tout le monde va le savoir jusqu’à Shibuya… » , réponds d’un ton neutre un garçon de son âge.

Watanuki s’écrase sur le goudron :

« Pourquoi, oh pourquoiiii ma douce Himawari Chan m’a-t-elle abandonné en ta sinistre compagnie ?

- Leçon de piano, réponds simplement Dômeki.

- OUAIS, BEN T’ETAIS PAS OBLIGE D’VENIR QUAND ELLE T’AS D’MANDE D’LA REMPLACER !!!! » vocifère Watanuki, tout crocs en avant. Puis il se remet à marcher, tête basse et échine courbée, comme sous le poids d’un fardeau trop lourd à porter :

 

« A l’approche de Noël, Yukô me demande d’acheter tout un tas de trucs dont je ne connais même pas l’utilité… Mais Himawari Chan s’était proposée pour faire ces emplettes avec moi, et je m’en faisais une telle joie ! Noël… La neige… Les vitrines des magasins… C’était le super plan romantique ! Mais bien sûr, TOI, comme d’habitude, tu viens tout gâcher ! »

Comme Dômeki ne daigna même pas répondre à cette risible accusation, Watanuki s’agita comme un fou furieux en de multiples grimaces au milieu de la rue, sous l’œil apeuré des passants.

« Regardes où tu marches au lieu de chercher à te faire remarquer », finit par lui conseiller Dômeki.

« Je ne cherche pas à… OUILLE ! », répliqua Watanuki en percutant à pleines dents un poteau télégraphique. Une fois de plus, il échoua comme une feuille morte sur le trottoir.

« Aïe, Aïe, Aïe,  Snif… C’est vraiment pas mon jour de chance, pleurnicha-t-il.

- Pourtant, il paraît que ce sont les imbéciles qui en ont le plus…

- Quoi ?! Répètes un peu !!!! », vociféra l’imbécile en se redressant aussi sec….

 

Avant de tomber en arrêt, saisit d’un sentiment inexplicable et d’un frisson surnaturel, devant la vitrine d’un magasin d’antiquité, près d’eux. Watanuki n’avait rien demandé à personne, mais s’avérait un vrai aimant à manifestations du monde occulte, et ses visions étaient d’une intensité et d’une précision qui ne présageaient jamais rien de bon !

« Qu’est-ce que tu vois ? », finit par lui demander Dômeki (qui pour sa part avait du sang d’exorciste), tant Watanuki  semblait perdu dans un « ailleurs » imprécis.

« La sphère, là, au milieu de la vitrine… 

Entre une horloge à balancier et un cadre photo défraîchit trônait une énorme boule à neige, ce gadget souvenir que les vacanciers ramènent souvent de leurs périples et qui finissent immanquablement au sommet d’un poste de télévision ou d’une cheminée. Cependant cette boule à neige était très particulière, tant par sa taille, aussi imposante que celle d’un ballon de basket, que son aspect : elle représentait un globe terrestre, comme suspendu dans le vide sous sa vaste coupole de verre, et à l’intérieur de l’objet, contrairement à d’habitude où il faut l’agiter pour voir tomber des morceaux de polystyrène figurant la neige, celle-ci chutait d’elle-même, sans discontinuer, sur le globe terrestre.

« C’est de la vraie neige », murmura Watanuki.

En observant l’objet, Domeki fit la même constatation. Il fut plus étoonné lorsqu’il vit Watanuki lever lentement une main en direction de la vitrine, le regard étrange, semblant voir au-delà de la sphère, au-delà du globe, et au-delà plus encore

« Elle est en elle… », murmura-t-il, comme hypnotisé.

Puis il sursauta en revenant à la réalité, comme s’arrachant à l’attraction d’un rêve étrange :

« Oh là là ! J’ai promis des sashimis à Yuko et on a toujours pas fait les courses ! Vite, avant que la supérette ne ferme ! 

Et le voici qui repart sur son chemin.

Domeki eu un dernier regard pour le globe, avant de scruter Watanuki, et lui emboîter le pas.

 

CHAPITRE 10 : Nuit blanche

En ce monde aussi, il y avait une lune. Ronde et pleine, diffusant imperceptiblement un faisceau de lumière par la fenêtre grande ouverte, tamisée par le voile  vaporeux des rideaux, frémissant à peine sous une bise légère. Dehors, il tombait tant de flocons de neige que les mots « nuit blanche » prenaient un sens…

Shoalan ne pouvait pas dormir. Trop de cauchemars étranges qui le poursuivaient ces derniers temps, trop de tension. Et puis il sentait grimper en lui cette fougue impatiente qui l’animait chaque fois qu’il se savait tout proche et en même temps si loin de l’une des précieuses plumes contenant un fragment d’âme et de mémoire de la Princesse Sakura.

Sakura….

Cet ange tombé du ciel, avec tant de chaleur dans le sourire et tant de tendresse dans le regard. Elle était le flambeau de sa quête. Un Seul mot, un seul geste d’elle et tout ce qui était laid devenait beau, tout ce qui était souffrance s’apaisait, jusqu’à la mort elle-même s’en trouvait défiée. Pour qu’elle vive, pour qu’elle retrouve la mémoire, pour que son merveilleux sourire ne s’éteigne jamais, Shaolan avait juré de réunir une à une toutes les plumes de la Princesse, éparses à travers les dimensions. Et en ce but, rien ne pouvait infléchir sa détermination : aucun obstacle, aucun ennemi, nulle blessure.

Rien, il se l’était juré lui-même.

Même si par ce serment il avait renoncé à tout ce qu’il avait de plus précieux….

Même si, une fois toutes les plumes réunies, il y aurait toujours quelqu’un dont Sakura ne se souviendrait jamais…

Elle seule comptait.

Trois, quatre… Dans la pénombre de la chambre , Shaolan effectua quelques mouvements de katana que Kurogane San lui avait enseigné…

Cinq, six…  Il serait impitoyable s’il le jugeait mollasson au prochain entraînement…

Sept, huit…  Bien sûr, Fye tenterait de le tempérer en lui lançant quelques plaisanteries qui ne seraient pas du goût du ninja…

Neuf, dix… Surtout si Mokona s’en mêlait par ses imitations ou des piques à l’impact redoutable…

Onze ,douze… Et tout le monde finirait par courir derrière la boule de poils, sous le regard amusé de Sakura…

Sakura…

Même si elle découvrait seule la vérité, ou si on la lui apprenait, elle l’oublierait aussitôt.

C’était inéluctable…

Le pacte signé avec la Sorcière des dimensions.

C’était mieux ainsi. Sakura aurait été furieuse.

Profondément déçue. Blessée.

Elle aurait eu tellement mal….

Tout ce dont il voulait la protéger.

Pourtant… Quelque part au fond de lui, il le devinait… Qu’une menace sourde allait rompre ce silence paisible…

Qu4un tourbillon tempétueux allait l’éloigner inéluctablement de Sakura et dévaster l’harmonie rassurante et presque familiale qui s’était nouée entre les différents membres de l’équipe.

Bientôt…

Il le sentait. Chaque fois que son œil droit lui faisait mal.

Dzing ! L’acier étincelant de sa lame fendit l’air, comme cet ennemi invisible qui lui ressemblait tant.

 

 

CHAPITRE 11 : Ce sentiment étrange … Qui m’est interdit.

 

Kurogane avait solidement arrimé un minimum d’équipement sur le  motoneige. Il avait rapidement maîtrisé cet engin bien plus rapide qu’un Gluck pour ce déplacer sur le vaste désert enneigé, non sans essuyer quelques remarques narquoises du mini Kuro :

« Tu conduis, comme un pied, pépé ! », « Si tu casses le matos va falloir raquer, le vieux ! 

Kuro Kun avait finalement réussit à l’exaspérer plus que Mokona n’y serait parvenu lui-même, et le grand Kurogane poursuivait à présent le petit en lui décernant tout un chapelet de noms d’oiseaux… Ce qui ne fit que redoubler les provocations de la miniature :

« Faut arrêter le saké, Pépé ! ça te gonfle le bide et tu roules sur la neige ! 

Shirahime et Fye, un peu plus loin, depuis la terrasse du temple, observèrent la scène en riant. Ils avaient exactement la même expression de douceur enfantine aux mêmes instants .

                « Vous sentez-vous un peu mieux ? », finit par demander la fée des glaces en se tournant vers Fye.

 

Il eu un large sourire matouesque :

« Oui, je vous remercie », dit-il en portant à ses lèvres le breuvage qu’elle lui avait proposé pour le remettre d’aplomb. Cependant, ses mains tremblaient encore de fièvre, et c’est pourquoi Kurogane, qui avait décidé de partir en expédition pour retrouver les trois portés disparus, s’était fermement opposé à ce qu’il l’accompagne, et lui avait ordonné le repos forcé, plus inflexible qu’un sergent chef instructeur et une mère poule réunis.

 

« Cela me rassure de savoir qu’un jour Kuro Kun sera sûrement à l’image de cet homme », avoua Shirahime.

Fye ne le lui souhaitait pas. Il devinait le lot de souffrance qu’il faut endurer pour devenir un Kurogane.

« J’ai l’impression que d’une certaine manière, votre ami et vous veillez beaucoup l’un sur l’autre… », déclara soudain la fée.

Fye manqua d’en avaler une gorgée brûlante de travers. KOF ! KOF !

 

« C’est juste que Kuro Chan ne supporte pas les paresseux un peu filous sur les bords et plutôt casse-pieds sur les latitudes… C’est pour ça qu’il me met des coups de pieds pour avancer…

- En général, si les gens que l’on ne supporte pas sont cloués au lit et rendus vulnérables par la maladie, on fait en sorte de les achever, on ne les veille pas toute une nuit comme si sa propre vie en dépendait… », souligna Shirahime avec un air mutin. « J’ai trouvé cela particulièrement… MIGNON . »

Elle eu un rire tendre et enchanteur, délicieux, et Fye compris pourquoi même Kurogane avait pu être déstabilisé par cette troublante et perspicace jeune femme.

« Un conseil, n’allez surtout pas le lui répéter, dit Fye. Avec ses gros airs d’ours mal léché, Kuro Chan adore tout le monde. Les gosses, les peluches, et les princesses de conte de fées. Mais s’il y a quelque chose qu’il déteste par-dessus tout, c’est bien qu’on le lui dise.

- Pour le connaître ainsi, il est évident que vous êtes son ami, insista la fée.

- Je ne pense pas que Kuro Chan ait assez confiance en moi pour me considérer comme son ami… Ou peut-être… Si… Mais… Ce ne sera jamais une évidence », murmura Fye d’un air étrange.

« Durant votre sommeil, Kurogane m’a parlé de vos trois autres compagnons que vous recherchez, reprit la fée. J’espère vous réconforter en vous assurant qu’ils sont en sécurité…

- Comment pouvez-vous en être certaine ?

- Le désert appartient au territoire des Célestes… Chaque fois qu’un être humain y est blessé et a besoin de nos soins, nous le ressentons immédiatement… C’est ainsi que je vous ai trouvés tous les deux.

- Existe-t-il d’autres légendes liées aux célestes et au pays de Kurisutaru ?, demanda soudain Fye, touché par un doute. Shaolan, notre jeune compagnon de voyage, est à la recherche de quelque chose… Un artefact très précieux et d’une grande puissance…

- Il y a énormément d’objets magiques en ce pays », dit Shirahime en éludant la question. Puis, contournant le sujet :

 

« Il y a longtemps que vous voyagez tous ensemble ?

- C’est difficile à déterminer… Mais mine de rien… Peut-être plus d’un an, déjà…

- Et en un an, vous n’avez toujours pas trouvé le courage de leur avouer la vérité à votre sujet ? 

Fye sursauta, comme foudroyé par l’ombre du doute. Comment Shirahime pouvait-elle savoir ce que ses compagnons eux-mêmes ignoraient ? Comment cette jeune inconnue, derrière son sourire tendre et son regard triste et doux, pouvait-elle sembler savoir jusqu ‘au moindre détail de sa vie passée ? Ou était-ce juste une grande esbroufe pour le déstabiliser ?

« Moi-même, je n’ai pas été des plus honnêtes avec vous, poursuivit la fée sans le regarder. Lorsque Kurogane m’a demandé mon nom, je lui ai répondu « Shirahime Syô ». Mais il s’agit là simplement de la traduction du nom que les humains m’ont donné… Shirahime Syô… La fée des glaces, ou si vous préférez, la princesse des neiges… Ce n’est pas mon vrai nom. »

Fye émit un rire forcé pour demeurer Maître de la conversation :

« Et là, c’est le coup de théâtre : elle lui révèle que son véritable nom est Fye, ah, ah !

- Absolument pas. Ni même Ashura ô, si ça peut vous rassurer. »

Il frémit.

 

« Les gens accordent finalement peu d’importance aux noms, poursuivit la fée. Un nom ou un autre, qu’est-ce que cela change ? C’est pourtant lui qui nous définit, et ce dès la naissance, pour le reste de notre vie. Sans qu’ils en aient conscience, ce sont les noms qui définissent l’identité et le caractère des gens. Un caractère et une identité complexes, soumis à de multiples influences, que ni la logique, ni la raison ne peuvent expliquer. Nous ne sommes que des noms, et nous nous cachons derrière dans l’espoir que personne ne parviendra à nous trouver. 

 

Elle se retourna enfin vers lui, son sourire le plus kawaï irradiant son adorable petit visage.

« Voulez-vous savoir mon véritable nom ? 

Fye ne répondit rien, sur ses gardes malgré son  sourire de façade, tout aussi charmant ; La fée des glaces rapprocha lentement son visage du sien, chuchotant d’une voix à peine perceptible :

« Mon vrai nom… »

… se pencha vers son oreille…

« C’est… »

 

Kurogane cessa de courir derrière son petit double, qu’il poursuivait depuis tout ce temps. Il était trop loin pour avoir entendu la conversation de Fye et la fée des glaces, mais lorsqu’il se retourna dans leur direction , il vit que Shirahime était en train de dire quelque chose à l’oreille de Fye. Kurogane remarqua immédiatement que Fye était soudain plus pâle qu’un cadavre, avec ce regard douloureux qui ne trompait pas, ce regard où surgissait obscurément l’ombre de son passé… Mais il sembla se ressaisir aussitôt, reprit ses couleurs et son sourire le plus irrésistible :

 

« Je te remercie de me l’avoir dit, affirma-t-il en s’inclinant devant Shirahime, lui embrassant une main avec galanterie.

- Chacun son tour… », minauda-t-elle avec un large sous-entendu.

Ils eurent à nouveau, au même instant, un rire doux et enfantin, tout à fait similaire. Deux êtres semblables et différents, totalement inconnus l’un de l’autre, mais entre lesquels se nouait une évidente connivence, plus encore, une véritable complicité. Au contact de Shirahime, cette jeune femme qui lui ressemblait tant, Fye arborait un nouveau visage totalement inédit, plus…

« Plus sincère », se dit Kurogane avec un goût amer.

 

Par le simple fait de l’avoir rencontrée, Fye venait peut-être de livrer un secret important à Shirahime, ce secret que Kurogane tentait de vainement lui arracher pour tenter de le comprendre… Et peut-être de le sauver. Ce qu’il lui cachait obstinément, il l’avait livré à une inconnue. Pourquoi ? Fye ? touché en plein cœur d’un coup de foudre pour une ravissante inconnue ? ça ferait bien rire Mokona, un scoop pareil ! Kurogane stoppa net ses pensées, car il du bien admettre qu’il ne savait rien des sentiments de Fye, passés ou présents. Il savait cependant que dans les ténèbres de la douleur, il suffit parfois d’une personne pour retrouver un sens à ce qui n’en a plus. La princesse Tomoyo avait été cette lumière pour Kurogane, celle en qui il avait une reconnaissance éternelle et une loyauté à vie, et au-delà ! Peut-être que Shirahime était l’étincelle que le cœur meurtrit du mage attendait, finalement…  Laisses  la  agir si c’est pour son bien

 

« Je pars à la recherche des gamins !, hurla Kurogane depuis le motoneige. Interdiction de faire toute autre activité que bavarder avec la demoiselle !

- Toujours le mot pour rire, Kuro Chan ! », s’étrangla Fye, un large sourire happy face mais rouge carmen en travers du visage. Kurogane secoua la tête et s’apprêta à démarrer lorsque le mini Kuro grimpa en selle derrière lui.

« Descends de là, microbe.

- Moi je connais le désert comme ma poche et pas toiiii, répliqua le marmot avec une mimique hilarante. Allez, emmènes moi avec toi, Kuro Pépé…

- ça grouille de bestioles super dangereuses, ton désert ! Pas question !

- Mais moi chuis un pro de la baston ! », s’écria le mini Kuro en dégainant un double Katana de trois fois sa taille sous les yeux hallucinés du grand.

« Vous pouvez lui faire confiance ! , cria de loin Shirahime. Kuro Kun a déjà abattu à lui seul une bonne centaine de créatures ! 

Kurogane eu un soupir désabusé qui en disait long sur ce qu’il pensait de cette remarque, mais se contenta de dire à son jeune double :

« D’abord, cette lame, tu me la ranges, et toi, microbe, tu t’accroches.

- Ouaiiiis ! Vas-y mets les gazs, Kuro Pépé !

- Et surtout, tu arrêtes de m’appeler comme ça !!!! », Grogna Kurogane en démarrant plein pot, tout en sachant pertinemment qu’il ne pourrait jamais rester bien longtemps fâché contre un gosse qui lui ressemblait tant.

Alors que le motoneige prenait toujours plus de vitesse sur l’étendue glacée du désert, la tasse de Fye lui échappa des mains et il manqua de s’effondrer sur lui-même. Il avait une fois de plus joué un tour à Kurogane en lui cachant à quel point il était encore très faible, pour qu’il puisse partir à la recherche de Sakura, Shaolan et Mokona, et enfin les retrouver…

« Pourquoi t’obstines-tu à lui mentir sur tout ? », demanda Shirahime en le recueillant dans ses bras.

 Il ferma les yeux, à l’abris dans le parfum de ses longs cheveux de soie.

« Je suppose que c’est à cause de ce sentiment étrange… Qui m’est interdit. 

Shirahime regarda les reflets lumineux de l’aurore naissante jouer sur l’étendue de neige et le visage de Fye :

« Tu veux donc passer ta vie à fuir ? Idiot. Où que tu ailles… Ce sentiment… Finiras toujours par te rattraper. »

 

CHAPITRE 12 : Je suis une meurtrière

 

La calèche avait un roulis et un balancement étrange, comme un berceau en perpétuel mouvement. Sakura y avait été confortablement installée avec les mêmes égards que si elle avait été la Reine de Cristal elle-même. Shuko et deux célestes l’accompagnaient et la couvraient de mille égards comme si elle eu été le plus précieux des bijoux, trônant dans toute sa splendeur au milieu d’un écrin de velours. Elle les remerciait de son sourire le plus chaleureux et gêné, n’estimant pas mériter le protocole destiné à la véritable Reine de Cristal, qui n’avait pu les accompagner de crainte de désorienter la plume. Surtout ? Sakura aurait donné cher pour ne pas voyager dans l’encombrant carrosse, mais au-dehors, aux côtés de Shaolan et Mokona, qui, comme les douze gardes de l’escorte, avançaient en chevauchant de curieux animaux.  En regardant par la vitre près d’elle, la Princesse fut impressionnée par le caractère glacial du désert et s’inquiéta pour Shaolan et Mokona, ainsi que Fye et Kurogane toujours disparus, en espérant qu’ils étaient à l’abris du froid.

 

Les rigueurs du climat étaient le dernier souci de Shaolan. Pour lui, seul comptait le fait d’arriver au plus vite sur le territoire des célestes, de récupérer la plume pour Sakura, et pour que Mokona retrouve ses esprits, et qu’il parvienne enfin à localiser Kurogane et Fye. Tout était lié, comme une pyramide instable et à l’issue incertaine. Parfaitement calme en apparence, le jeune homme bouillonnait d’impatience. Chaque seconde était précieuse dans ce monde de tous les dangers ! Tout autour de lui, il remarqua que les gardes le regardaient d’un air étrange. Cela ne semblait pas lié à Mokona, qui, perché sur son épaule, continuait d’écumer tous les tubes de j pop et de japanime qu’il avait appris en puisant dans la collection secrète de Kurogane. Ni au fait que bien malgré lui, il avait mis en déroute plusieurs créatures hostiles avec quelques mouvements de katana, toujours tirés de la collection secrète du sus nommé Kurogane ! Shaolan remercia mentalement son excellent professeur, et tenta de contenir son impatience en se remémorant quelques paroles pleines de sagesse que lui avait dit Fye.

 

« …. Au fait, Mokona ?

- La, la, la, la….

- Est-ce que tu parviens à localiser la plume, maintenant que nous sommes plus éloignés du palais ?

- La, la, la, la…. La plume, non… »

Entre deux mesures de sa chanson, il fut traversé par un éclair de lucidité :

« … Mais… Mokona commence à percevoir Kurogane.

- Vraiment ?! Il va bien ?! Mais… Pourquoi n’y –t-il que lui que tu ressens ?

- La, la, la, la…. »

Toujours un peu déboussolé, finalement…

« … Ce n’est pas grave, lui dit Shaolan doucement. C’est déjà très bien que tu aies pu percevoir Mr Kurogane. Merci beaucoup… »

Lorsque deux des gardes le dépassèrent en lui jetant un regard au passage, Shaolan ressentit à nouveau comme une gêne, mêlée d’un sentiment inexplicable, de ceux qui font naître des interrogations. Autant qu’il pu en juger, lorsque les gardes le dévisageaient ainsi, avec cette expression de surprise mêlée de… Peur…

 

Il lui semblait réellement qu’ils le regardaient comme un fantôme !

De son côté, Sakura remarqua l’expression de profonde tristesse et les tremblements qui agitaient Shuko à mesure qu’ils avançaient en direction du territoire des Célestes.

« Il faut que ça cesse, murmura la douce servante… Il faut que cesse cette neige… Il faut que toutes ces morts cessent…

- … Shukô ? »

Comme elle savait pertinemment que Sakura ignorait tout des évènements précédents son arrivée, elle lui expliqua, les larmes aux yeux :

 

« La plus violente des batailles a eu lieu il y a cinq ans… Les dernières Célestes résistaient pour protéger leur territoire du Roi des Corbeaux, et la plume a perdu tout contrôle, provoquant des tempêtes de neige et des séismes redoutables. Sans oublier la bataille qui se jouait déjà entre l’armée du Roi des corbeaux et celle de la Reine de Cristal… Au cours de cette tragédie… Ma fille… Une vraie guerrière, prête à se battre jusqu’au bout, a été tuée… 

Sakura, atterrée, écoutait le récit de la pauvre femme, éplorée :

 

« Ce fut un vrai carnage ! La seule solution fut d’abandonner la plume et de sauver les quelques célestes qui restaient. Mais le Roi des corbeaux était résolu à s’emparer de la plume… Et il y serait peut-être parvenu sans l’intervention de notre Roi, qui s’est battu jusqu’à son dernier souffle contre lui, et est parvenu à le faire battre en retraite, ou, jusqu’à son dernier soupir… Nous sommes très fiers de sa mémoire, et de notre Reine. Elle est si digne et courageuse, alors que ce malheur l’a frappée si tôt ! Elle sourit alors que son cœur, saigne, je le sais… Depuis ce jour, la neige n’a plus cessé de tomber. Chacun de ses flocons est une larme pour ceux qui ne reviendront jamais… 

Plus elle parlait, moins Shuko se rendait compte de l’impact de ses mots pour la malheureuse Sakura. Tous les malheurs du pays de Kurisutaru, de ses habitants, des Célestes, de Shuko, de la Reine de Cristal… Tous ces drames avaient été uniquement provoqués par la plume.

 

« Par ma plume.Je suis la coupable de tous ces malheurs. La coupable de tant de vies perdues ! Je suis…

 Une meurtrière !!!! 

Elle réalisa avec amertume que dans bien des mondes qu’ils avaient traversés, ses plumes étaient symboles de souffrances et de mort pour bien des personnes. Elle seule en était responsable. Chaque roulis du carrosse se répercuta en elle avec un haut le cœur, un profond dégoût. Elle avait envie de hurler, de tout stopper net et de se ruer au-dehors en criant à Shaolan qu’elle ne méritait pas qu’on prenne des risques insensés pour elle quand tant de personnes en avaient déjà payé le prix de leur vie…

Elle se maudit de ne pas le faire et de rester là, assise comme une splendide potiche inutile, avec un autocollant « FRAGILE » étalé en travers de la figure.

Parce qu’elle savait très bien que ses mots auraient profondément peinés Shaolan. Et que retrouver la plume était le seul moyen de délivrer les habitants Du pays de Kurisutaru de leurs tourments !

 

CHAPIRE 13 : Elle t’as choisit

 

Dans un autre monde, il neigeait aussi au Japon. Le décor idéal à l’approche des fêtes de  Noël…

Dömeki revenait paisiblement de son entraînement de tir à l’arc lorsqu’il vit passer Watanuki en coup de vent, fonçant comme si le diable en personne le poursuivait, avec sur le visage la terreur d’un petit garçon sur le point de pleurnicher. Il finit par le retrouver entrain de se barricader dans une salle de classe, comme s’il craignait de voir surgir par la porte son pire cauchemar.

 

« AAAAh ! Domekiiii ! Restes pas là !!!! Si elle te vois avec moi, après c’est toi qu’elle va poursuivre !!!! 

Watanuki était passé en mode duracel, la pile électrique qui dure vraiment plus longtemps

« Partout où je vais, elle est là ! Partout, partout, elle me poursuit ! Je l’ai vue sur le trottoir d’en face en sortant de la boutique !!!! Et elle était là quand je suis rentré chez moi ! Et au café Dukalyon ! Et là je viens d’aller chez le primeur chercher des ramen, ben tu me crois, tu me crois pas, elle trônait au milieu des radis !!!! 

 

Domeki se demanda simplement de qui pouvait bien parler Watanuki. Une fille ? Certainement pas. Non pas que Watanuki manque d’admiratrices. Watanuki plaisait à tout le monde : les filles, les garçons, les créatures occultes, les morts, les vivants et les indécis. Seulement ce pauvre garçon ne s’en rendait même pas compte. Tellement miro derrière ses lunettes qu’il était plutôt du genre à se manger des panneaux que repérer des feux de signalisation. Et puis, une admiratrice trônant sur un étalage de radis…

 

« Je te jure ! Je ne sais pas comment lui échapper ! Où que j’aille elle parvient toujours à me retrouver !

- … Un esprit ?

- Noooon ! Un esprit de cette taille, j’y ferais même pas gaffe, et même je préfèrerais, tiens !

- Alors quoi ? »

Le doigt tremblant, il lui indiqua le fond de la classe. Alors que Domeki était certain de ne pas l’avoir vue en entrant dans la pièce, elle était pourtant là, posée sur la dernière table.

… LA BOULE A NEIGE …

 

A l’intérieur, la neige continuait toujours de tomber sans relâche sur le globe terrestre, aussi beau que vu de l’espace.

« J’vois pas trop comment l’exorciser, déclara Dômeki. Tu devrais en parler à…

- Ouais, ouais, je sais !!!! J’aurais dû le faire dès le début, grogna  Watanuki. Mais… ELLE VA ENCORE METTRE ça SUR MON ARDOISE !!!! »

«  … Moi ? Noooon,  minauda Yuko lorsqu’elle fut en présence de l’objet.

- Te fiches pas de moi et annonces la couleur…

- La maison ne peut pas créditer le client lorsqu’elle n’est pas en mesure de réaliser son vœu. 

Tous ses cheveux se dressèrent sur la tête de Watanuki, passé en mode super déformé et panique puissance 10 :

« AAAAH ! NOOOON !  Même Yuko ne peut pas m’en débarrasser, C’EST HORRIBLE !!!! »

Pendant qu’il faisait dix fois le tour du parc en vociférant ses malheurs, Yuko admira les finitions de l’objet d’un œil expert :

« Tu ne t’es pas fait avoir, c’est une superbe antiquité et d’une grande valeur, Watanuki…

- ça me fait une belle jambe, ELLE ME FOUT LES JETOOOONS ! », hurla-t-il à son onzième passage devant le chronomètre de Mokona Black, que Domeki tenait dans ses mains.

( « Joli temps ! Vas y Hitomi ! », commenta la peluche.)

 

«  Tu n’as absolument rien à craindre d’elle, affirma Yuko. Elle t’as simplement choisit. »

 

Watanuki glissa  en dérapage contrôlé et s’arrêta net devant Yuko.

« … Choisit pour quoi ?

- C’est évident, non ?, dit-elle en lui mettant la boule à neige sous le nez. POUR ETRE MAITRE DU MONDE ! »

Watanuki tomba à la renverse, s’écrasant à terre sous les rires de sa patronne, la sémillante sorcière des dimensions.

«  … Où plutôt, Maître d’UN monde, précisa-t-elle. Ce que je tiens dans mes mains n’est pas une boule à neige, mon petit Watanuki. C’est une fenêtre dimensionnelle , ouverte sur un monde précis… Qui semble s’être entiché de toi, ah, ah ! »

Watanuki n’en fut que plus ulcéré.

« Mais c’est pas possible, ça ! Comment un monde peut-il s’attacher à moi, hein ? On adopte pas un monde comme un petit chien ! Et puis tu m’as vu deux secondes, en maître du monde ? C’est déjà tout juste si je suis maître de moi-même !

- C’est sûr que dans le genre on a vu mieux et surtout moins con, commenta Dômeki.

- TOI, JE NE T’AI PAS DEMANDE TON AVIS !!!! »

Yuko eu un sourire malicieux derrière ses splendides mèches noires :

« Tout a une âme, les êtres vivants comme les objets inanimés. Les mondes appartiennent à ces deux catégories. Ce que celui-ci te demande n’est peut-être pas à caractère définitif. Il se peut qu’en t’apercevant à travers la fenêtre, il ait sentit que tu serais celui en mesure de l’aider.

- De l’aider ? … Moi ?... En quoi ?

- C’est à toi de le décider. Tu es le maître du monde » , dit la jolie sorcière en le lui mettant entre les mains. Et ? avec son humour non dénué de sagesse :

« Attention de ne pas le faire tomber et le briser. C’est très fragile, un monde. Surtout quand il y a des gens qui vivent dessus.

- Quoi ?!... Des gens ?!... AAAAh ! »

Watanuki hurla d’autant plus que Mokona bondit pour s’emparer du monde et s’enfuir avec, et le voilà obligé de le poursuivre à travers le parc. 

« MOKONA ! NOOOON ! NE LE SECOUE PAS AINSI ! LES GENS VONT AVOIR LE MAL DE MEEEER !!!! »

Yukô eu un petit soupir déçu :

« Ah, je l’aurais bien gardé pour moi, ce monde… Mais il faut bien lui donner le sens des responsabilités, à ce petit… »

Elle devina que Dômeki était en pleine réflexion sur le sujet.

« Watanuki ne court pas le moindre danger, répéta Yukô pour le rassurer. Mais… Je n’en dirais pas autant du  monde entre ses mains ! 

C’était une plaisanterie qui effleura à peine Dômeki.

« La première fois qu’il a vu cet objet, Watanuki est entré dans un état second, et il a prononcé une phrase étrange…

 

Elle est en elle…

- Waw, là, il m’impressionne ! » déclara Yuko avec sincérité.

Comme Dômeki l’interrogeait du regard, elle poursuivit :

« Watanuki est loin d’avoir conscience de ses capacités. S’il est parvenu à LA voir, je n’ai plus qu’à cotiser pour ma retraite avant qu’il ne me pousse à mettre la clef sous la porte !

- Mais… Qu’a-t-il vu, au juste ?

- Tu ne l’as pas vue aussi ? … Par ton œil ?

- Non.

- Il est donc parvenu à la voir sans même griller toutes ses cartouches…

 La raison pour laquelle la neige tombe en permanence sur ce monde… »

 

 

 

>>> .....

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